Pourquoi j'adhère à 24h sans nous ! par Julien

Publié le par La journée sans immigrés : 24h sans nous



n793794865_9767.jpgJe ne suis pas immigré. Je ne suis pas fils d'immigré. Je ne suis pas même petit-fils d'immigré. Mais en cherchant bien, toutes mes racines ne sont pas ici, dans ce pays où je suis né. Un Français sur trois a des origines étrangères, belge ou marocaine, srilankaise ou arménienne, kabyle ou portugaise, et j'en fais partie...

Ce pays, je l'aimais. Ses valeurs, son histoire millénaire construite par la volonté de l'état, ses Lumières et sa révolution bourgeoise et populaire, l'état de droit et la Constitution, la République, la liberté et les droits de l'Homme - et de la Femme !

La démocratie sociale de la Libération, et avant ça le Front Populaire et les congés payés, la séparation des églises et de l'état, la laïcité, cette nation faite de volontés individuelles et communes de partager un même destin, parce qu'ici ce n'est pas la terre et le sang qui comptent, mais le désir d'être ensemble, quoi qu'il arrive, quelle que soit l'adversité.

Dans ces valeurs, il fallait aussi compter sur son sens de l'accueil pour ceux qui, compte tenu des tremblements de l'histoire et des soubresauts de l'économie, trouvaient refuge ici, parce que c'était toujours mieux que d'être pourchassés, torturés, affamés : Russes blancs, antifascistes italiens, juifs d'Europe centrale, Républicains espagnols, "Indochinois" du Cambodge, du Vietnam ou du Laos, Chiliens orphelins d'Allende, Iraniens fuyant l'obscurantisme religieux...

Et tous ceux, d'Afrique du Nord, d'Asie du Sud-Est, d'Afrique noire, d'Europe du Sud ou de l'Est venus dans l'Hexagone pour donner leur bras, leur force, leur vie à construire ou reconstruire un pays exsangue après deux conflits dévastateurs, et dont les enfants nés sur notre sol sont Français, n'en déplaise à certains. Tous ceux qui encore aujourd'hui fuient la misère, là où elle vous prend à la gorge et vous oblige à quitter la terre où vous êtes né, à laisser femme et enfant derrière soi, car c'est la seule solution, car il n'y a plus d'autre choix...

Quelle belle idée que la nation française, et qu'elle a été flétrie par ceux qui ont joué avec les allumettes de "l'identité nationale" ou du "communautarisme" encouragé ou dénoncé selon les saisons, les sondages, les élections.... Les principales victimes de cette trahison du socle républicain, cette trinité séculière dont le dernier mot est Fraternité ? Les immigrés, d'hier et d'aujourd'hui, que l'on désigne à la vindicte populaire, bouc émissaire commode en temps de crise depuis que les crises existent, chiffon rouge que les bas du front d'aujourd'hui, rejoints par d'autres démagogues en costume rayé agitent devant un peuple dont les repères sont brouillés par l'immaturité du discours politique sur la question.

"L'immigré c'est le mal, l'immigré c'est la misère du monde à nos portes, et qu'on ne saurait accueillir toute entière raisonnablement, qu'on ne veut surtout pas voir ni sentir. L'immigré c'est celui qui profite et saccage, viole nos filles et nos femmes, vole les honnêtes gens, ceux qui sont nés quelque part..."

Les indignations de circonstance au regard de ce discours attrape-tout n'ont pas beaucoup de portée : j'attends encore que le droit de vote soit accordé à ceux qui, installés parfois depuis une quinzaine d'année en France n'ont pas même l'occasion de glisser un bulletin dans l'urne pour choisir leur conseiller municipal...

Aux démagogues brutaux ou subtils, qu'ils s'appellent Marine, Georges ou Éric, je rappelle l'histoire de Lazare Ponticelli, ce petit vendeur de journaux italien du quartier Bastille, engagé volontaire du côté français en 1914, à 17 ans, refusant de quitter l'uniforme français lorsqu'il fut démobilisé, blessé au combat, revenu en France en 1920, reprenant du service en 1939, juste après avoir demandé et obtenu la nationalité française, et entré en Résistance face à la barbarie nazie...

C'était un immigré, un homme de rien, un homme de peine qui a travaillé dur toute sa vie. Mais c'était un héros, dans des périodes ou d'autres, fils à papa "planqués" à l'arrière attendant dans leurs salons confortables que l'orage passe, et pire, écrivaillons dégénérés ou commerçants spoliateurs pactisant avec le mal absolu, s'exclamaient bien haut : "Je suis Français, moi madame !"...

Julien

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Nadjette 01/03/2010 10:33


Merci Julien ! MERCI d'exister ! Je suis franco algérienne mariée à un franco français. Tu m'as arraché quelques larmes. Ces larmes de désillusion qui ne pleurent qu'a l'intérieur face à ce
spectacle désolant "offert" par les representants "du peuple FRANCAIS" plus grisés par le pouvoir et la gloire. La France d'en-bas s'aime, devrait s'aimer, aurait dû s'aimer, mais que font-ils ces
représentants eux qui ont les médias pour faire pencher la balance. De quel côté penchera-t-elle ?... du coté des ténébres ou de celui de la lumière ?.......