Le dernier arrivé ferme souvent la porte

Publié le par La journée sans immigrés : 24h sans nous


Nadir Dendoune et Peggy Derder sont allés la semaine dernière à la rencontre de nos homologues grecques Πρώτη Μαρτίου 2010 - 24 ώρες χωρίς εμάς, sur le chemin du retour, Nadir partage avec nous cette dernière carte postale, également publiée dans sa chronique sur l'humanite.fr.

"Le dernier arrivé ferme souvent la porte. Toujours le métèque d’un autre. En France, on retrouve beaucoup de descendants espagnols, italiens, ou polonais dans les organes internes du Front National.


Toujours là pour faire du zèle, comme obligés de faire de la lèche au patriotisme. Sarko, premier fils d’immigrés de la Gaule actualisée, a également une mémoire très sélective. Son daron, un Hongrois, a débarqué en France en 1948. Cependant, le collectif « La Journée Sans Immigrés 24h Sans Nous » a un énorme cœur et offre aujourd’hui à Nicolas 1er, empereur des Francs, une chance inouïe de se rattraper. On espère qu’il répondra favorablement au courrier que nous lui avons adressé il y a quelques semaines en lui demandant d’être solidaire avec l’action du 1er mars 2010. Nicolas, Président de pas tous les Français, ce jour-là, tu ne vas pas travailler, tu ne consommes pas. Mate un DVD et reste sagement avec Carla à l’Elysée. En plus, ton absence nous fera des vacances !

Ne pas t’entendre dire des conneries pendant 24h, ouf ! En attendant, à Athènes, près d’un millier de personnes s’étaient donné rendez-vous Place Omonia, en plein centre ville. La plupart d’entre eux étaient des immigrés. Des gens qui n’ont pas eu d’autre choix que de faire le voyage. Les manifestants patientaient sagement avant que le cortège démarre. Les étrangers étaient rassemblés par communautés. En France, on agiterait tout de suite le spectre du communautarisme. Ici, ce soi-disant sectarisme n’empêche pas la solidarité, la fraternité, la revendication des mêmes droits pour tous, qu’on soit métèques (du grec metoikon !), ou Grecs pure-souche. Il était 17h. Peggy portait des lunettes de frimeuse, le ciel était marron : une tempête de sable venant d’Afrique, tout un symbole, avait réussi à se frayer un chemin jusqu’à la capitale grecque.

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L’ambiance était très festive : un groupe jouait du tam-tam, on discutait en franche camaraderie. On affichait ses slogans sans complexe, avec fierté même. Les Nigériens avec les Somaliens demandaient plus de « solidarité avec les immigrants ». Les Sri-lankais, venus en grand nombre (3000 d’entre eux vivent en Grèce) « réclamaient les mêmes droits » que leurs homologues salade-tomate-oignons, soutenant que ce sont aussi eux qui « participent activement à la société grecque ». Le défilé a fini par partir vers 17h30, direction Syntagma. Une marche d’un kilomètre le long des rues qui auraient sérieusement besoin d’un lifting.

Un peu plus en arrière, de manière très discrète, deux Congolais, Henri et Freddie, tenaient une banderole. On leur demandait la traduction : « L’immigration clandestine est le résultat des politiques orchestrées par le FMI et l’Union Européenne ». Devant eux, Mireille et son fils de cinq ans Elilel, un beau-gosse de 5 ans, veste bleue en costard à l’appui, les accompagnaient. Originaire de Kinshasa, arrivée en Grèce il y a plus de dix ans, la maman redoutait qu’avec le nouveau projet de loi, son fils ne puisse jamais devenir Grec, pire elle redoutait à terme que sa petite famille soit expulsée.

« Elilel est Noir mais il est né ici. Son pays c’est la Grèce, il ne connait pas le Congo. Il va à l’école ici, ses copains sont Grecs », s’indigne-t-elle. Partout, les slogans en toutes les langues (grec, français, arabe, sri lankais, anglais, etc…) étaient repris avec le sourire. Sur les côtés, des badauds regardaient le défilé avec étonnement, comme s’ils découvraient pour la première fois le visage d’une Grèce de toutes les couleurs. On remontait la rue, heureux d’être là, parmi tous nos frères. J’ai eu envie de crier merde à tous les fachos. La manifestation était très étirée.

Les Philippins étaient devant. Avec à leur tête, Joe Venturia, représentant de la communauté. « La plupart d’entre nous sont venus en Grèce dans les années 70, parce qu’ailleurs, comme le Canada ou la France, c’était plus difficile, souligne ce sexagénaire. Nous avons occupé les postes les plus pénibles. Des emplois que les Grecs ne voulaient pas faire. Aujourd’hui, nous sommes montrés du doigt et certains nous accusent d’être responsables de la crise ». Même discours que chez nous. Comme quoi… La manif’ est arrivée à bon port. Un groupe de rock s’est installé sur l’estrade, devant le Parlement. Le jour posait ses valises, sans doute, la même envie de profiter de l’ambiance chaleureuse. Un rappeur grec s’est emparé du micro. Les poings brandis vers le ciel, les hanches qui déambulaient.

On comprenait que dalle mais qu’est-ce qu’on était bien. Il faisait doux et la foule riait à en pleurer. Pendant cette soirée, j’ai oublié Berlusconi, Sarkozy, et ses sbires de la Haine. J’ai voulu, dans un geste de folie, monter sur la scène, pour leur dire qu’ils n’arriveront jamais à tuer l’espoir qui vit en nous. J’ai pensé au 1er mars 2010, à Peggy, à Nadia, à Xavier, à Soraya, à Thomas, Karima, Nora, Marie-Dominique, Jean-Michel, Christine, Luc, Moussa, Amel, Fouad, Rachida, Djam, Sonia et Madjid, et tous les autres. A leur engagement, à leurs forces aussi. Des moments de stress, où tout semblait s’écrouler. Je me suis retourné. L’Assemblée Nationale grecque semblait vide. Je l’ai regardée avec rage. J’ai pensé à tous les Parlements du monde. J’ai fermé les yeux et j’ai imaginé le premier mars 2020 où tous les chefs du gouvernement du monde, acclamés par l’ensemble des parlementaires, rappelleraient le rôle essentiel de l’immigration. L’espoir est permis…"

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RayonDeLune 24/02/2010 16:51


On ne va pas dire qu'il faut césser de séparer les gens ? Que nous sommes tous "français", immigrés ou pas ?
Un discours type venant de la part des politiques...


P 24/02/2010 00:01


Remercions nous tous, et nous te remercions toi Christine ! Ton enagement, ton implication, tes mots sont et résument ce que souhaite être la "journée sans immigrés 24h sans nous" Nous sommes tous
ensemble de Paris à la campagne de la Meuse, de Lyon à Rennes, de Marseille à Madrid, de Milan à Athènes car ce sont les mêmes logiques absurdes qui nous indignent


Christine Delliaux 23/02/2010 08:22


Merci .
Merci Nadir , pour ce témoignage , cet article ...
C'est vrai q'a certains moments les doutes sont là , on se demande quel avenir on va donner a nos enfants ...quelle image on leur laissera ?
J'ai des instants de solitude face a la tache dans mon p'tit coin de campagne ..la Mobilisation est moins forte qu'en ville ....et la solitude est grande
Les gens se contentent de rester peinard , regardant ça de loin ...
De lire un récit tel que celui là , j'en ai les larmes aux yeux ...
Voir l'engagement de tant de jeunes , de tant de femmes , d'hommes ..toutes origines confondues ...
ça redonne une lueur d'espoir dans un monde d'égoïsme et de repli sur soi ...
C'est moi qui vous remercie , tous ...


Peggy 24/02/2010 00:38


Remercions nous tous, et nous te remercions toi Christine ! Ton enagement, ton implication, tes mots sont et résument ce que souhaite être la "journée sans immigrés 24h sans nous" Nous sommes tous
ensemble de Paris à la campagne de la Meuse, de Lyon à Rennes, de Marseille à Madrid, de Milan à Athènes car ce sont les mêmes logiques absurdes qui nous indignent