La France, c'était mieux avant.

Publié le par La journée sans immigrés

 
Le printemps est doux à Témara, au Maroc, en ce mois d’avril 1969.
Les élèves de l’établissement scolaire jésuite rêvent d’une baignade en Méditerranée. Tous sauf un moyen mais discipliné qui, au premier rang, lève le doigt bien haut quand le Père Favre demande à ses 6e ce que chacun déciderait s’il devenait président de la République.

Le Père tarde à donner la parole à celui qui la monopolise trop souvent, lui valant une réputation de traître. Les réponses fusent : Pierre-François prétend guérir la faim dans le monde, Évariste éradiquer la guerre, Louis-Marie interdire l’école. Goûtant peu la fantaisie, le strict Père Favre consent à interroger le collégien entêté qui commence par « quand je serai président de la République ».

Il ajoute qu’il veut rétablir la France de Nos ancêtres les Gaulois, son livre de chevet, parce que « c’est quand la France, elle était mieux ». Il appuie sa phrase par un discret doigt d’honneur à Hicham, seul Marocain de la classe. A 11 ans, Eric B. sait déjà ce qu’il veut.

En attendant de d’accomplir son destin à la tête de l’exécutif, Eric se contente du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire auprès de Nicolas Sarkozy qu’il qualifiait deux ans auparavant de « néo-conservateur américain à passeport français ». Il n’a rien perdu de ses qualités de caméléon remontant au bon vieux temps du collège où il échappait aux travaux manuels contre des rédactions.

Zélé à remplir ses quotas d’expulsion jusqu’à renvoyer des réfugiés afghans dans leur pays en guerre, il lance un débat de trois mois sur l’identité nationale dans les 96 départements, les 342 arrondissements de France métropolitaine et les départements et territoires d’outre-mer. Le premier comité se tient à Paris sous l’autorité du ministre. Le devoir proposé aux forces vives du pays :

La France, qu’est-ce que c’est ?

C’est le Général de Gaulle qui défend seul contre tous la liberté face à l’envahisseur allemand déclare un ancien combattant. Cet homme qui a lancé son appel du 18 juin de Londres ? s’offusque un scout d’Europe. Rien de bon ne saurait venir de l’étranger !De Gaulle a combattu notre maréchal Pétain, le héros de Verdun qui a vanté les mérites du travail, de la famille, de la patrie, trois vraies valeurs essentielles [NDR : Et non pas travail, famille, parti ! comme c'est le cas ces derniers temps...].

Nos présidents qui, jusqu'à Mitterrand, ont fleuri sa tombe ne se sont pas trompés. Vous rigolez ! interrompt un syndicaliste, la France c’est Blum et le Front populaire au service des travailleurs. Une prof opine que la France, c’est l’instruction obligatoire de Jules Ferry, les hussards noirs et nous autres qui civilisons le pays.

N’oublions pas la laïcité, principe fondateur depuis 1905, ajoute un homme qui s’enorgueillit de s’appeler Aristide. Un curé proteste qu’il manque de moyens dans sa paroisse, justement à cause de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Briand a foulé aux pieds notre héritage chrétien. Notre héritage judéo-chrétien, reprend un rabbin.

Nous avons aussi un problème de financement des mosquées, avance un imam dans l’indifférence générale.

C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes, se récrie un certain Brice, qui jure sous les récriminations qu’il parlait des petits-fours. Un homme avec un tee-shirt barré d’un A maudit toutes les religions en bloc. La Commune, Mai 68 sont la gloire de cette France devenue bourgeoise et capitaliste.

Gauchiste ! interrompt un Corse, notre nation c’est Napoléon, conquérant de l’Europe, dont l’esprit subsiste à travers le Code civil. Ha ha, se moque une porte-parole de la ligue des droits de l’homme, vous oubliez tous liberté, égalité, fraternité, notre triptyque républicain brisé par un petit homme qui se rêvait empereur du monde. Nos Lumières ont éclairé le monde de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, un cadeau intemporel légué au monde.

Scélérate, coupeuse de tête ! s’étouffe le prince Louis-Charles-François-Henri, descendant déchu des Bourbons, la France ce sont mes aïeux qui ont bâti le pays que des irresponsables ont décapité dans la terreur. S’ensuit une empoignade entre héritiers Valoisiens, Capétiens, Carolingiens qui s’estiment tous légitimes à représenter le lys royal. Aux uns qui expliquent qu’ils ne se sont pas tapé une guerre de cent ans pour rien répondent les autres arguant qu’ils ont donné leur nom à la Frrrance. Un prétendu Merovingien de sang « pur » depuis 112 générations déclare martel en tête que c’est sa chair qui a stoppé les Arabes à Poitiers. Son argument massue : « Sans nous, vos femmes porteraient la burqa ! ».

Un frisson d’horreur parcourt la salle.

Un historien interrompt « c’est la preuve que les multiples influences de la France ne se sont pas construites sur un modèle monolithique ». On crie au fou, tout le monde sait que l’islam est incompatible avec la République sauf dans les usines, le bâtiment, l’ébouage, le ménage, la maçonnerie… Les Arabes ont prospéré sur la décadence du glorieux Empire Romain, fondateur de notre civilisation. Et envahi nos ancêtres les Gaulois ! s’insurge Eric, sortant de sa neutralité pour réciter ses chères leçons d’écolier assorti d’un sempiternel doigt d’honneur. Faudrait pas oublier les Celtes ! s’énerve un dénommé Erwan Goulvennec. Et l’influence du Néolithique ? Et du Paléolithique ? Sans le feu, l’écriture que serions-nous ?

Les réunions se multiplient.

En Bretagne l’identité nationale, c’est le vieux pays de mes pères, le chouchen, le sanglier et le village d’Astérix illustrant la devise « plutôt la mort que la souillure ». Au Nord, on rappelle que plus de 20 millions de Français ont ri à « Bienvenue chez les Ch’tis », ses baraques à frites, son patois et sa fierté ouvrière. Le Pays de la Loire parle de châteaux, de rois, de marais. Au Pays basque, l’identité nationale se conjugue avec le voisin espagnol dans Euskara.

En Alsace, on insiste sur les lois spéciales permettant le financement des cultes et sur la sécurité sociale aménagée. En PACA, on proteste qu’on va pas caguer pour degun alors que le pays est aussi divers qu’une bouillabaisse. Au cuou m'empêgue ! L’Auvergne insiste sur l’héritage occitan, le Languedoc sur l’influence catalane, dans les Alpes sur le lien avec la Suisse...

En Martinique, on cite Aimé Césaire « Il y a chez moi ce besoin de rugir parce que les Antillais, descendants d'esclaves, êtres déchirés, ont été opprimés, dépouillés de notre langue et de notre terre » et on conclut par Yo fosé bourik janbé dlo men yo pa fosé bourik bwè dlo (on peut forcer un âne à traverser une rivière mais on ne peut le forcer à boire). La Guadeloupe parle du métissage entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. La Réunion, l’île intense, se présente aussi comme un carrefour des mondes grâce auquel fleurit le tourisme.

La Nouvelle-Calédonie cite l’hymne proposé en 2008  « Soyons unis, devenons frères » chanté en français et en nengone…

Le 31 janvier 2010, Le ministre de l’Identité Nationale est impatient de voir la synthèse des travaux. Agacé par ses détracteurs qui le peignent en ministre de l’Expulsion internationale à cause de son objectif de 27 000 clandestins par an, il va donner un sens plein et entier à sa mission. Les yeux boursouflés de fatigue, un rapporteur convoie dans des centaines de conteneurs la somme monumentale des débats.

Eric s’étonne de ces doléances nées de l’unique piste proposée : l’enseignement de la Marseillaise.

Quoi, la France serait plus complexe qu’un chant et un drapeau ? Il se rassure en voyant la synthèse d’une page apportée par l’homme au pas traînant. Il tourne la première page avec le majeur – une vieille habitude – et lit : l’identité nationale, c’est Lucy, l’Australopithèque découverte en Ethiopie et les milliers de façons de la concevoir de ses milliards de descendants. Ils ont foutu un joyeux bordel en migrant, sourit le rapporteur quand il présente sa démission : il a tellement aimé ce qu’il a entendu des identités nationales qu’il souhaite visiter ce beau pays divers !

Mabrouck

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Vedranabeb 25/11/2009 20:28


faudrait faire la journée sans immigrés 2-3 jours pour avoir plus d'efficacité. quoi qu'il en soit, un jour ou trois, je le ferai avec tous les immigrés.


La journée sans immigrés 26/11/2009 08:48


Bonjour,

Merci de ton engagement, n'hésite pas d'une part à adhérer à l'association, d'autre part à nous contacter pour prendre une part active dans la réalisation de cette journée.
Tu verras que "rien qu'une" journée, c'est déjà beaucoup de boulot ;-)

A très bientôt.


Circé 25/11/2009 14:51


Alors çà, c'est une formidable idée à laquelle je m'associerai bien volontiers.


La journée sans immigrés 26/11/2009 08:56


Merci de ton engagement, n'hésites pas d'une part à adhérer à l'association, d'autre part à nous contacter pour prendre une part active dans la réalisation de cette journée.

A très bientôt.