France-immigration : entre coeur et raison par François Durpaire

Publié le par La journée sans immigrés : 24h sans nous





L’immigration en France perdue entre cœur et raison.
Interview de François Durpaire, historien.


François Durpaire est historien spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle, aux Etats-Unis et en France, ainsi qu'à l'évolution des identités au sein de la mondialisation.
En 2010, il est l'initiateur de l'Appel pour une République multiculturelle et postraciale, coécrit avec
Lilian Thuram, Rokhaya Diallo, Marc Cheb Sun et Pascal Blanchard.

« LJSI : 24h sans nous ! » a proposé à François Durpaire, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle en France et aux Etats-Unis, de revenir sur les liens qui peuvent exister entre la mobilisation sans précédents des migrants en 2006 aux Etats-Unis et notre initiative.

D’accord, la France et les Etats-Unis ont des contextes bien différents. François Durpaire les distingue tout en rappelant qu’ils se rapprochent sur un point : la richesse qu’ils puisent dans leurs immigrations.

« Si tous les Français migrants à la première, deuxième, troisième génération, s’arrêtaient de travailler ce jour-là, et bien l’ensemble des Français réaliserait ce jour là à quel point la France est redevable à son immigration. »

Pour l’historien, un discours pragmatique sur l’immigration fait défaut à la France. Coincé entre le « cœur » et la « raison », entre un discours humanitaire et un discours de la rigueur, ce dernier est appelé à se développer.

« On ne peut pas d’un côté dire on choisi l’immigration et d’un autre côté fonctionner avec un discours anti-migratoire. […] On ne peut pas dire « nous choisissons d’avoir cette immigration » si depuis des années les politiques jouent sur les peurs pour des raisons électoralistes. Si, dans les grands pays d’immigration comme les USA ou le Canada, aucun homme politique ne dérape sur cette question là, c’est parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent gagner aucune élection contre cette immigration qui fait ce pays. »
Aux yeux de François Durpaire, la mobilisation du 1er mars pourrait offrir l’occasion de faire comprendre aux personnalités politiques françaises que les registres utilisés au sujet de l’immigration en France doivent changer : 

« Donc à partir du moment où les Français qui se sentent soit proche de cette cause soit qui sont eux-mêmes issus de l’immigration s’organisent notamment par le biais de La journée sans immigrés, et bien ils vont faire comprendre aux politiques que les choses ont changé. Que parier sur les peurs de l’opinion publique ou bien créer ces peurs, ce n’est pas un bon pari parce que la France change, parce que la France de demain est constituée des  immigrés d’aujourd’hui et que cette France d’aujourd’hui et de demain est déjà en capacité de voter pour des politiques qui tiendront un discours pragmatique sur cette question qui est essentielle pour notre pays. »

Interview réalisée par Peggy Derder et Thomas Huet

Publié dans Matière à réflexion

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